La journée de la femme dans la baie des Cochons

Après avoir foulé le bitume brûlant de la Havane et divagué dans les reliefs étouffants de Viñales, la même voiture qui nous a promenés entre les deux villes nous emmène maintenant vers les plages de la baie des Cochons, plus au Sud. C’est sur ce sable fin, et après avoir survolé de superbes récifs coralliens, que des centaines de militaires états-uniens ont lourdement échoué lorsqu’ils ont tenté d’envahir Cuba en 1961. Au-delà du tournant historique marqué par ce camouflet, la zone est particulièrement fameuse pour ses fonds marins à couper le souffle et très faciles d’accès. L’occasion de pénétrer dans un monde coloré – et dangereusement bondé d’oursins.

Playa Girón
Playa Girón

En chemin pour Playa Larga, nous repassons finalement par La Havane, changeons de voiture et rencontrons notre chauffeur pour les deux heures restantes. Dans un moment de flottement et comprenant difficilement comment les taxis s’organisent et se partagent les tâches, nous payons également l’un d’entre eux pour la totalité du trajet. L’organisation est en réalité assez simple : certains passent leurs journées à rebondir entre Viñales et La Havane tandis que d’autres amènent les voyageurs depuis la capitale vers d’autres villes. Les chauffeurs trouvent par ailleurs rarement leurs éphémères compagnons de route eux-mêmes. La mission est confiée à des rabatteurs, remplissant leurs poches de dollars à mesure qu’ils remplissent les vieilles carcasses métalliques de chair étrangère – les Cubains voyagent eux-mêmes très peu.

La bourgade semble être en relative expansion. Deux ou trois maisons sont en construction à côté de celle dans laquelle nous passons la nuit, et une place offrant une connexion Wi-Fi a vu le jour quelques mois avant notre arrivée. Après avoir nagé avec des centaines de poissons à quelques dizaines de mètres seulement de la terre ferme, et ce grâce au matériel de snorkeling (plongée avec masque et tuba) à disposition dans notre casa, nous mangeons chez un ami de notre hôte. En sortant, nous sommes attirés par de la musique et des rires s’extirpant de la pénombre, de l’autre côté de la rue.

Toits de la bourgade de Playa Larga
Toits de la bourgade de Playa Larga
Playa Larga
Playa Larga

A peine postés devant le jardin accueillant femmes et hommes de tous âges, nous sommes invités à nous joindre à la fête. Au programme : étrange ragoût de porc et de poulet, alcool de coco ou encore rhum – à déguster purs, bien entendu. Plus saouls les uns que les autres, les voisins s’intéressent tous à nous et finissent par nous entraîner autour de l’un d’entre eux qui joue des classiques cubains, sa guitare entre les bras. L’ivresse s’immisce finalement de notre côté et nous sommes transportés lorsque Chan Chan, de Buena Vista Social Club, résonne des cordes vocales qui nous entourent. La maison de l’hôte est peu meublée, très rustique, mais l’alcool ne cesse d’affluer et ses amis et lui semblent ravis de notre présence. Yliana, chez qui nous dormons, nous raconte le lendemain que ses amies sont, de son côté, venues passer une soirée entre filles “boire, manger et parler” en l’honneur de la journée de la femme. La fête à laquelle nous avons assisté la veille célébrait également cet évènement spécial : à chacun sa façon de marquer le coup !

Ces festivités sont plutôt surprenantes au vu du regard que beaucoup d’hommes portent sur la femme à Cuba. Sur la route cahoteuse rejoignant Cienfuegos, notre conducteur ne cesse de me parler des chicas (filles) que l’on croise sur le bord de la route. Il m’assure que je pourrai en trouver autant que je le souhaite le long de la Malecón, dans la ville de destination. À La Havane, passer deux jours avec Valentina m’avait d’ores-et-déjà donné un aperçu : les hommes la regardaient avec insistance et la sifflaient parfois. Cette question posée presque animalement revient quant à elle très régulièrement : “¿y qué piensas de las chicas cubanas?” (et que penses-tu des filles cubaines ?). Plus tard, lorsque je monterai à l’avant de l’une de ces bétaillères demi-centenaires servant de bus, le chauffeur ira jusqu’à essayer d’interpeller des adolescentes pour me les présenter. Son âge – la quarantaine – sa qualité de parent et mon refus préalable n’y changeront rien. Il sera même aidé par un vieux monsieur, censé contrôler la légalité du moyen de transport. L’ignorance des adolescentes en dira suffisamment long…

Playa Girón
Playa Girón

Avant de rejoindre Cienfuegos, nous faisons escale pour quelques heures à Playa Girón pour profiter encore un peu de l’écosystème entourant la barrière de corail. Le matin, nous avons pu observer de nombreuses espèces d’oiseaux endémiques dans le parc national qui sépare les deux plages. Deux jours dans la baie des Cochons, et nous voilà à nouveau en route. D’ailleurs, pour information, la baie des Cochons tient son nom d’une espèce de poissons appelée cochinos en espagnol cubain. Rien à voir avec les cochons quels qu’ils soient, donc…

Bar sur la page de Playa Girón
Bar mettant à l’honneur le rhum et le drapeau Cubains, sur la page de Playa Girón

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